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No Estimates : ce que je réponds quand on me demande combien de temps

Une estimation n’engage personne. Une tranche livrable engage celui qui la livre.

La question arrive toujours au même moment, vers la fin du premier échange : « et ça prend combien de temps ? ». La réponse honnête est que je ne sais pas, et que la personne qui répond un chiffre ne le sait pas non plus. Ce qui ne veut pas dire qu’il faut refuser de répondre.

La question derrière la question

Personne ne demande une durée par curiosité. On demande une durée parce qu’on a besoin de savoir si l’on peut engager un budget, prévenir un client, tenir un trimestre. La vraie question est : à partir de quand est-ce que je peux compter dessus ?

C’est une bien meilleure question, et elle a une réponse.

Ce qu’une estimation coûte réellement

Une estimation n’engage personne. Elle est faite avant de savoir, elle est oubliée dès qu’elle est dépassée, et elle transforme la première mauvaise nouvelle en négociation au lieu d’en information. Le temps passé à la produire est du temps qui n’est pas passé à réduire l’incertitude qu’elle prétend mesurer.

Pire : elle déplace la conversation. Une fois un chiffre posé, on discute du chiffre. On ne discute plus de ce qu’il faut construire.

Ce que je propose à la place

Une tranche livrable. La plus petite qui serve réellement à quelqu’un, en production, avec une date.

La différence n’est pas cosmétique. Sur l’authentification forte d’une néobanque, la formulation par estimation donne : « l’authentification forte, six semaines ». La formulation par tranche donne : « le deuxième facteur, sur un seul parcours, en production, vendredi ». La première est une promesse. La seconde est vérifiable vendredi.

Au bout de trois tranches, on n’a plus besoin d’estimer : on a un rythme observé. Un rythme observé se projette, et il se projette bien mieux qu’une intuition d’avant-projet.

L’objection du budget

« On ne peut pas engager une dépense sans savoir où elle s’arrête. » C’est juste, et ce n’est pas un argument contre la méthode. Un budget se plafonne en euros et en semaines, indépendamment de ce que l’on croit pouvoir faire dedans. On sait ce que l’on dépense au maximum, et on découvre au fur et à mesure ce que l’on obtient pour cette somme, avec la possibilité de s’arrêter à chaque tranche.

C’est exactement l’inverse d’une estimation, où l’on croit savoir ce que l’on obtient et où l’on découvre ce que l’on dépense.

Le corollaire

Cette méthode ne tient que si la mauvaise nouvelle circule le jour où on l’apprend. Une tranche qui glisse se dit tout de suite, pas à la revue suivante. Sinon on a remplacé une estimation fausse par une série de tranches fausses, et on a perdu au change.

C’est la partie inconfortable, et c’est aussi la seule qui rende le reste crédible.

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